J’ai toujours eu envie d’être un âne, mais on m’a dit qu’il fallait être un cheval, et pas n’importe lequel de ces chevaux !
Pourtant je suis sûr que c’est cool d’être un âne, sauf quand on se fait moquer par un cheval, et repousser par tous les autres ânes de chevaux.
C’est vrai que je suis têtu comme un âne : je me mets en travers de ceux qui sont fiers comme un cheval, et avec les femmes, ça m’a apporté pas mal de rivaux.
Au final, j’ai abandonné l’idée d’être un âne : bah oui, avec tous ces fers à cheval, j’ai fini par m’en prendre un bien costauds.
La morale de mon poème, c’est qu’il est bien difficile d’être soi-même, dans un monde qui écrase et anéantit tout ce qu’il y a de beau.
C’est à moi de l’ouvrir puisque d’autres la ferme : j’en ai marre de souffrir, seul dans mon coin, à la traîne.
On me dit qu’au contraire, il faut arrêter de se plaindre, et prendre sa vie en main.
Mais moi je ne veux pas ressembler à ceux qui ont réussi et qui sont jalousés par ceux qui ont échoué.
Je veux l’ouvrir pour te dire d’arrêter de te la jouer, d’appliquer les règles, sans jamais y déroger, même pas pour toi, même pas pour tes enfants, même pas pour tes amis.
C’est ça l’éthique pauvre con et sans ça tu mourras riche, peut-être même connu, mais détesté de tous ceux qui savent qui tu es, et adulé par tous ceux qui se sont laissés berner, par ton ego.
Je me demande toujours pourquoi les gens viennent te voir, au bord de la mer, une douce sonate de Schubert dans leurs oreillettes, te regarder, t’admirer, toujours pareille ?
Je me demande encore pourquoi on t’admire tant, quand tu es belle ou sauvage, mais qu’on ne te regarde plus, une fois souillée ou polluée ?
Je me pose encore la question : pourquoi n’accepte-t’on pas de te voir vieillir et mourir ?
Tout comme lui, elle, et les autres, tu vis en nous, avec nos souvenirs de vacances.
Tu vis avec nous, pour nous nourrir de tes fruits.
Tu vis sur nous, avec ton sable chaud d’été, et tu vis depuis nous, pour nous avoir enfanté.
Et puis tu meurs, avec nous qui vieillissons, et tu renais toujours pour les nouveaux enfants qui viennent au monde, à ta nature.