Page blanche

Vertige d’avalanche
de mots
qui s’accrochent
à une branche
et remplissent ma sacoche
de feuilles blanches
tachées de noir,
de non-espoir.

Première strophe,
premières rimes,
et l’espoir s’accroche
aux plus belles cimes
que le poète décoche
avec fierté légitime.

Que c’est plat tous ce mots,
sans rondeur ces Légos.

De fil en aiguille,
le poète affûte sa lame,
et nage comme une anguille
dans les méandres de son âme.

Et puise-moi

Dans la pénombre
de tes cheveux noirs,
j’entrevois ton souffle
entre crainte et désir
de moi.

C’est la première fois
et sans doute la dernière,
ce moment,
où je ne suis plus seul,
toi non plus,
mais pas encore à deux.

Dans la tiédeur
de cette soirée d’automne,
je ressens l’abandon
de tes yeux verts
aux ralentis de mes lèvres.

Cet instant finalement obligé
pour savoir si,
mais avant tout désiré,
pour un partage sensuel.

Tu t’en sors ? (2021)

« Le monde est un village » disait Guillaume Erner
au début de notre millénaire :
cette expression journalistique
plutôt prophétique s’est transformée
en cauchemar contemporain,
village dans arrêt inondé de « fake news »,
victime annoncée du raz-de-marée numérique..

Car ça chauffe dans les chaumières,
querelles de chapelles ou mensonges de famille
circulent aussi vite que la lumière
d’une fibre optique,
qui n’éclaire plus le siècle des non-lumières.

Le monde tient désormais dans une tête d’épingle,
prêt à exploser pour respirer une odeur de sainteté :
celle de l’espèce dans l’espace,
numérisée dans des « data-centers »,
anonymisés.

Les frères lumières doivent se retourner dans leur tombe :
de leur belle et fantastique invention,
ne reste que l’aliénation des hommes
à leur « home cinéma »..

Et toi dans tout ça, tu en sors ?

L’école

Au commencement
il y a l’école des cris,
puis avec un peu de chance,
il y a l’école des fans.

A moins que l’école buissonnière
ne vous apprenne une autre vie,
vous avez quelque chance
d’être à la bonne école
de la république.

Si on s’en sort pas trop mal,
il y a l’école des femmes,
puis avec beaucoup d’incertitude
il y a l’école de la vie.

Enfin au crépuscule,
on apprend plus à un vieux singe à savoir,
et il n’y a plus d’école
pour quitter la vie.

Papa

Encore un papa,
pas n’importe lequel,
celui qui se lève
depuis dix mois,
les yeux embués,
et l’esprit endormi
pour étancher la faim
d’un petit être humain.

Et soudain après un câlin,
un « Pa-Pa »,
après la couche,
après les gestes
de réconfort,
une fois allongé
dans le lit à barreaux.

Un instant bref,
une émotion intense,
une fois la confirmation
arrivée au cerveau,
assoupi.

Ecologie ?

L’écologie n’existe pas ?

Parce que nous exploitons
toujours quelque chose
de la nature,
à notre profit.

Quand ce n’est plus
pour nos besoins primaires,
c’est pour notre confort,
et parfois même,
notre réconfort.

Souvent,
personne n’est prêt
à renoncer à son confort,
aussi petit, aussi grand,
aussi juste, aussi minable
qu’il soit.

Parce qu’on vieillit,
parce qu’on a pas envie
de finir dans une Ehpad.

Alors on continue
de plus belle,
conscient qu’on ment
à nos enfants,
on rêve d’une nature
rééquilibrée,
où l’homme aurait
sa place,
dans un musée
de l’humanité.

Papas

Poussière d’enclume
tu pèses pas bézef,
les cendres de ton réel
s’envolent de ton urne.

Ton souvenir vivace
aveugle mon amour éteint,
les objets disparaissent
de ma vie, après ta mort.

Mon père tu as été,
mon père tu n’es plus.
Si tôt énoncé,
sitôt entendu.

Me voici seul parmi vous,
perdu sans mon père,
sauvé par ma mère,
qui elle aussi ne sera plus.

Elle rejoindra les papas,
d’un violent faux pas,
se prendre un coup d’enclume,
pour y laisser toutes ses plumes.

Papas

Expression ouverte

Du jour au lendemain,
ouvrir les fenêtres
une fois par jour,
pour ne pas manquer d’air
en jetant l’argent par les fenêtres.

Ouvrir une fenêtre sur cour,
pour voir le jour
et être dans l’air,
même si l’air ne fait pas la chanson.

Entrer par la fenêtre
comme un monte-en-l’air,
pour mettre au jour
les mensonges,
dont on connaît la chanson.

Expression ouverte

Être et avoir (pour Antonin)

Avoir plein les poches
de sourires
pour se proches,
sans que ça cloche.

Être du bois
dont on fait les flûtes,
plutôt que d’être
un chèque en bois.

Avoir plus d’un tour
dans son sac,
et par un tour de passe-passe,
détourner son regard :
l’affaire est dans le sac.

Être dans les cordes,
pour avoir bonne presse,
ou être fou à lier,
pour avoir le vent en poupe ?

Etre et avoir

La taupe (pour Octave)

Un jour,
une taupe sortit de son trou
et dit à l’enfant qui jouait :
pourquoi ton père écrase-t’il
tous mes tunnels sortis de terre ?

Je ne sais pas, lui répondit l’enfant.

Dis-lui, lui demanda la taupe,
que c’est un peu grâce à moi
si les parasites ne mangent pas
ses pieds de tomates,
ses haricots,
et ses radis, pardi !

Je n’y manquerai pas,
monsieur la taupe,
mais peux-tu faire quelque chose pour moi,
réclama l’enfant à la taupe ?

Tout ce que je peux faire,
je le ferai volontiers pour toi
qui prend bien garde d’éviter
mes tas de terre, répondit la taupe.

Peux-tu m’excuser auprès de l’érable
pour lui avoir taillé ses grosses branches ?
Je l’ai vu pleurer sa sève, dit l’enfant.

Et la taupe repartit sous terre
faire des guilis aux racines de l’érable.